L'ANALYSE PHENOMENO-EXISTENTIELLE

​​​Analyse

Précisons les termes

Analyse vient du Grec -Ἀνἀλυσις-,-Analusis-

composé de Ἀνἀ -Ana- :

en haut, vers le haut

et de      

s’affranchir

Analyse renvoie donc à une action de libération et d’affranchissement orientée vers le haut.

Le terme « analyse » n’est donc pas à entendre ici dans son sens traditionnel de décomposition d’un tout en ses éléments,

mais :

dans le sens étymologique grec de libération, de mise au jour de quelque chose de nouveau à même de lever un obstacle et d’ouvrir sur un possible en devenir.

Existentiel

Exister (existentiel)

a été emprunté (XVe s.) au latin exsistere ou existere «sortir de », « se manifester, se montrer », formé de ex- « hors de» et de sistere  « être placé », qui se rattache à la racine indoeuropéenne sta- « être debout » comme stare. En russe : стать- -stati- « adopter la position verticale

Exister, « avoir une réalité », semble rare avant le XVIIe siècle. Le verbe s’emploie couramment avec un complément de lieu au sens de « se trouver dans un lieu » (après 1550), et équivaut aussi à « se trouver à un moment donné ». Au XVIIIe siècle exister prend par extension (1760, Voltaire) le sens de « vivre », incluant en général l’idée de conscience et le sens fort d’« avoir de l’importance, de la valeur ».

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L’analyse phénoméno-existentielle

Chez Platon, « affranchissement de l’âme séparée du corps ».

Elle se donne pour tâche de libérer, d’affranchir et d’élever, en l’ouvrant sur ses « possibles », la personne dont la vie tourne ici-bas sur elle-même en quête d’un hypothétique sens. Il ne s’agit pas d’affranchir l’âme du corps, mais de dévoiler un lieu à partir d’où cette ouverture peut être envisagée et un sens entrevu, un sens « à faire », ou « à réaliser », comme le disait Paul Cézanne pour qui la montagne Sainte Victoire fut ce lieu.

LES FONDEMENTS DE LA THÉRAPIE

Conscience réfléchie et irréfléchie

1.- Les structures existentielles

 L’objectif de la thérapie phénoméno-existentielle est de :

- comprendre « ici et maintenant » les conduites humaines plutôt que de les expliquer à partir de l’anamnèse (conception « naturaliste »).

- mettre en lumière - dans un premier temps - les structures « déviantes » de chaque personne pour aider celle-ci à les convertir.

 Ces structures existentielles rendent compte de l’ensemble des comportements de la personne qu'elle peut décrire ou que l'on peut observer. C'est la conscience réfléchie

Des conduites en apparence différentes se révèlent toujours structurellement identiques. Comme nous le suggère le schéma ci-dessous repris d’Alex Mucchielli et quelque peu modifié.

 2.-Conscience irréfléchie

Ces structures sont à chercher « au-dessous » de la conscience réfléchie. Cet « au-dessous » n’est pas l’inconscient. C’est le niveau de l’intentionnalité implicite et inattentive de la conscience irréfléchie. Pour Minkowski, qui distingue deux aspects, - comme représentés sur le schéma ci-dessous - il s’agit d’un monde de significations existentielles agies structurées et non réfléchies où recèle le trouble fondamental.

« Principe du double aspect » de MINKOWSKI

Le premier aspect, idéo-affectif ou idéo-émotionnel, rend compte de la situation  « à l’aide d’émotions et d’idées ayant cours dans la vie de tous les jours », le second aspect, phénoméno-structural comme l’appelle Minkowski, n’apparait jamais au grand jour, il faut l’inférer en adoptant l’attitude phénoménologique qui donne accès au « trouble fondamental ».

 

En surface « apparaissent » à la conscience, plus ou moins aisément, - ou l’envahissent - les pensées, les images, les émotions, les affects, alors qu’en  « profondeur » les dimensions existentielles qui structurent l’être-au-monde, sont à exprimer.

 

« Entre les deux aspects existe une relation d’exprimant à exprimé » qui constitue l’un des aspects fondamentaux de notre approche thérapeutique, et sur lequel  nous reviendrons. Voici une représentation schématique des deux aspects.

 

 

On voit sur ce schéma que c’est le « trouble fondamental » qui est à l’origine d’une conduite laquelle est accompagnée, voire renforcée, par ce que le cognitivisme appelle les cognitions (pensées, images, émotions, affects). Ces cognitions ne s’interposent pas à vrai dire entre les événements, les messages, les stimuli internes ou externes, et les conduites. Ils captent la conscience qui, si l’on peut dire, s’en nourrit et se constitue progressivement en système clos étouffant. Ils expriment le trouble fondamental, la structure aliénante, « présence » sous-jacente, dont ils ne sont que l’ombre portée. Ombre portée d’une structure unifiée et unifiante, à la fois conscience  passive-organisée et active-organisante et qui fait  que le sujet ne « choisit » dans le monde que ce qui correspond et convient au sien selon des schémas préétablis. D’où les répétitions de scénarios de vie.

 

Ces schémas, ou structures profondes,  constituent un aspect « objectif » de l’ensemble des caractéristiques d’un sujet. Nous parlerons ici de dimensions existentielles figées dont nous préciserons ultérieurement la nature.

 

Si ces schémas sont issus des expériences vécues durant l’enfance, ce n’est qu’en tant que « cristallisation », à l’occasion d’expériences infantiles peu ou prou traumatisantes, d’un être-au-monde défectueux. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont précocement déterminés - origine familiale, religieuse, culturelle -  mais peuvent demeurer latents. Ils ne sont alors « activés » qu’à l’occasion d’une confrontation à une situation donnée ou à un événement. Ils viennent alors se substituer à des schémas dont l’adaptation, jusqu’à cette confrontation, était satisfaisante, mais pas forcément optimale et heureuse. A noter qu’un schéma peut devenir autonome - réduction thématique - et ainsi aliéner non seulement la pensée du sujet, mais toute son existence. Interagissant avec la situation ou l’événement, il produit alors des cognitions erronées étayant la réflexion primaire, et s’étayant sur elle.

 

« Pour ceux qui sont éveillés, il n’est qu’un seul monde commun, nous dit Héraclite, chacun de ceux qui s’endorment retourne à son monde propre ». Et nous ajouterions : à sa conscience de somnambule dont participent les cognitions. Il convient de noter à ce propos qu’en règle générale l’absence de sensibilité émotionnelle et structurelle à l’expérience vécue, et à ses implications, signe, selon Beck, la pérennisation de la pathologie.

 

 

 

            L’homme est un être en situation. Le sens, compris tout à la fois comme signification et élan vital, est inséparable du contexte. L’homme est un « être-au-monde ». La question pour lui est toujours celle-ci : comment être soi-même AVEC les autres et AUPRÈS des choses ?

 

            Ce sens renvoie à des structures existentielles (ou invariants) et à des dimensions existentielles dynamiques que l’on peut « révéler » et atteindre, par une approche phénoménologique.

 

            Certaines dimensions existentielles se « figent » - se thématisent comme le suggère notre premier schéma -  en structures comportementales aliénantes.

 

Voici les règles que nous suivons au cours d’une rencontre thérapeutique :

 

Règles générales

  • Comprendre plutôt qu’expliquer.

  • Appréhender synthétiquement tout le contexte donné présentement.

 

POUR CELA :

Mettre entre parenthèses  toute connaissance théorique acquise, tout savoir de « science » ou autre.

 

Décrire la situation (le contexte).

Relever tous les déterminants de façon à dégager « l’invariant » du phénomène (la structure existentielle).

 

Règles pratiques

  • Se décentrer de son savoir (ascèse épistémologique), être ouvert et disponible.

 

  • Porter toute son attention sur le  du sujet, saisir le sens et la dynamique de tout ce qu’il dit.

 

  • Répertorier les différents contextes  de son être-au-monde actuel.

  • Décrire, sans y ajouter quelques explications que ce soient, la situation présente ou le phénomène à examiner (= mise en lumière des déterminants).

 

  • Rassembler les déterminants de la situation.

  • A partir des déterminants mis en lumière, formuler une signification-hypothèse valable seulement pour le sujet (= constitution de son être-au-monde ou de son orientation à la réalité).

 

  • Élaborer progressivement l’équivalent d’une axiomatique du sujet (= système qui rend compte de son fonctionnement).

 

  • Comprendre et prévoir, à partir de la logique propre du système , les réactions du sujet (= envisager un cheminement thérapeutique).

 

​​​L’objectif thérapeutique est :

  • d’éveiller l’imaginaire,

  • de s’éveiller à l’imaginaire

  • et de libérer l’imagination.

  • Éveiller le patient à l’imaginaire figé et invalidant des « autres » par une actualisation des dimensions existentielles.

  • Œuvrer en sorte que le patient  s'éveille de cet imaginaire figé au bénéfice d’un imaginaire personnel animé par

La rencontre thérapeuthique

l'imagination