LE REVE EVEILLE PHENOMENO EXISTENTIEL

Du Rêve Eveillé de Desoille au Rêve Eveillé Existentiel

Le Rêve-Eveillé-Dirigé fut élaboré par Robert Desoille. On relève deux grandes phases dans sa vie et dans son oeuvre.  Il est passé d’une conception spirituelle du Rêve-Eveillé-Dirigé inspirée en partie par l’œuvre d’Henri Bergson[1] (Exploration de l’affectivité subconsciente par la Méthode du rêve éveillé, 1938) à une conception jungienne (Le Rêve Eveillé en Psychothérapie, 1945) pour, « officiellement » finir par celle du matérialisme dialectique illustré par les travaux de Pavlov (Psychanalyse et Rêve Eveillé Dirigé, 1950 ; Introduction à une Psychothérapie rationnelle, 1955 ; Théorie et pratique du rêve éveillé dirigé, 1961). Notons qu’il avait, dans cette période, repris à son compte une partie des analyses très fines de Politzer.

 

Il n’a jamais pu, cependant, et malgré les efforts déployés, le doter des lettres de créances capables de l’accréditer auprès des pouvoirs universitaires et médiatiques. Jusqu’à ce jour, le Rêve-Eveillé (qui n’est plus Dirigé) n’occupe, dans le champ psychothérapeutique français, qu’une place somme toute discrète malgré les efforts, en partie du GIREP (Groupe International du Rêve-Eveillé en Psychanalyse), mais surtout de l’AIRE de Jean-Marc Henriot. Il n’en occupe aucune, en revanche, dans celui de l’hypnothérapie, exception faite d’un cours dispensé par mes soins à l’Institut Français d’Hypnose, et qui ne rencontre qu’un intérêt poli et distant.

 

Le Rêve-Eveillé, comme son nom l’indique, « éveille », il participe de cette « phénoménologie révolutionnaire » qu’Octave Mannoni disait être celle de l’hypnose[2]. Pour cette raison il ne saurait se limiter à une seule lecture. Si l’on adopte le point de vue psychanalytique, les lectures qu’en proposent Jean-Marc Henriot et le GIREP sont judicieuses et parfaitement cohérentes. D’autres cependant sont possibles qui n’invalident en rien celles déjà existantes. Elles enrichissent le Rêve-Éveillé. Parmi ces lectures il en est une, phénoménologique, envisagée timidement dès les années soixante, par le seul Van Den Berg, qui mériterait d’être réactualisée. Tatossian la considérait, à juste titre, comme un peu « légère ».

 

L’IREPHE se propose de reprendre cette lecture avec le souci, d’une part de donner au Rêve Éveillé une dimension thérapeutique existentielle, et d’autre part  de l’ouvrir, comme l’avait fait Desoille à l’origine, sur ce qu’il appelait, sans aucune connotation religieuse, le divin, c’est-à-dire le spirituel. Celui dont notre monde aujourd’hui a le plus besoin.

 

                                                                                                                                Oleg Poliakow

 

[1] Ce qui n’a, à ma connaissance, jamais été souligné.

[2] Correspondance O.Mannoni/L.Chertok  in Léon Chertok. L’hypnose  PBP p. 233

 

 

L’HYPNOSE

 

Le nouvel avatar de l’hypnose aujourd’hui est éricksonien. Il trouve une place pleinement justifiée dans le secteur médical. Il inspire, par ailleurs, certaines démarches thérapeutiques dites « brèves », voire « instantanées », auxquelles nous n’adhérons pas. L’avantage cependant de cet avatar est qu’il a permis de redonner à cette « vieille dame » qu’était l’hypnose, l’éclat d’une « nouvelle » jeunesse. C’est un autre regard qui est désormais porté sur l’hypnose, sur une pratique thérapeutique qui a l’âge de l’humanité. 

 

Comme on le sait, son retour sur le devant de la scène européenne date du XVIIIe siècle (Mesmer, de Puységur - et Braid pour le terme « hypnose »). Et ce n’est que progressivement, timidement qu’elle s’est imposée. Freud en a été l’un des champions les plus enthousiastes. En 1887,  il abandonne le traitement électrique au profit de l’hypnose qui devint sa « Terre Promise », et le resta jusqu’en 1892.  « Avec sa coutumière ardeur, note Ernest Jones, Freud s’était fait le champion de l’hypnotisme »[1].

 

Après une première phase qui dura deux ans, et au cours de laquelle il éprouva pour la première fois, comme il le dit, « le sentiment d’avoir surmonté sa propre impuissance »[2], il l’abandonna au bénéfice d’une « autre » plus investigatrice que thaumaturgique. Elle lui permettait non seulement « d’explorer l’âme du malade relativement à l’histoire de sa maladie », mais encore d’élargir le champ de la conscience de ce dernier afin de l’ouvrir  à un savoir sur lui-même auquel il n’avait pas accès à l’état de veille.[3] Il l’abandonna aussi, pour plusieurs raisons dont l’une nous semble éminemment intéressante. En raison d’échecs répétés - un certain nombre de patients ne pouvaient, selon lui, être hypnotisés -  Freud se vit  contraint « soit de renoncer à soigner ces malades, soit de découvrir une autre façon d’obtenir ce renforcement de la mémoire »[4] c’est-à-dire l’ouverture du champ de la conscience. Or ce dont Freud ne s’était pas avisé c’est qu’une hypnose « thaumaturgique » où la transe hypnotique est profonde et où le jeu des suggestions est dominant, n’a rien de commun avec une hypnose « investigatrice », qui se « contente » elle d’une transe légère à fleur de conscience. Freud s’en sépara mais ne l’abandonna jamais.

 

Cette transe légère à fleur de conscience dont Freud s’est séparé, est ce que nous appelons la transe rêve-éveillé. Le terme « hypnose » n’y figure plus pour la raison que ce terme, selon nous, est inadéquat appliqué tel quel au rêve-éveillé. Sa charge sémantique est trop lourde pour pouvoir s’ajuster à la réalité du rêve-éveillé.

 

Desoille, à l’origine, avait cru nécessaire de prendre ses distances avec l’hypnose qu’il comprenait, sans l’avoir jamais pratiquée, comme la comprenait Freud dans sa phase « thaumaturgique ». Ce n’est que tardivement, précédant de peu l’émergence de  la « nouvelle hypnose » éricksonienne, qu’il  l’associa, sans pour autant l’avoir  jamais pratiquée, au rêve-éveillé.[5]

 

 

HYPNOSE ET TRANSE RÊVE ÉVEILLÉ

 

L’hypnose en thérapie est souvent présentée comme un phénomène capable, soit de produire directement des effets de guérison soit d’offrir les conditions idéales pour l’exercice d’une action thérapeutique. Nous distinguerons, à partir de la transe hypnotique, trois modalités thérapeutiques de l’hypnose.

 

La transe hypnotique

L’expression « transe hypnotique » est d’origine éricksonienne. Elle est originale et serre d’assez près la réalité de l’hypnose. Transe vient de trans « de l’autre côté » et de ire « aller » et revêt actuellement deux significations. La première : « Passer de l’autre côté », c’est-à-dire « trépasser », « agoniser », d’où le dérivé transe signifiant « agonie ». « Entrer en transes » signifiait « se séparer peu à peu de soi-même », d’où l’emploi de transe pour désigner un accès d’exaltation mystique, mais aussi des états dissociés. La seconde : « Traverser », « pénétrer » ; ainsi peut-on être transi de froid, c’est-à-dire entièrement pénétré par le froid.[6] 

 

L’amélioration, lorsqu’elle est obtenue par le seul truchement de la transe hypnotique, en l’absence de tout échange verbal, est le plus souvent comprise comme un effet de celle-ci. L’état de conscience est modifié. Nous dirons que tout un chacun est capable de passer  de l’autre côté, de se séparer de son être figé, pour puiser aux sources d’une « auto-guérison ». Winnicott n’est pas loin.

 

L’hypnose-suggestion

La transe, cependant, ainsi que nous le suggère la seconde acception - « être transi », « traverser », pénétrer » - offre aussi la possibilité d’une action thérapeutique exercée de l’extérieur par l’intermédiaire de la suggestion. Celle-ci peut être directe (véritable injonction d’agir dans un sens déterminé) ou indirecte (introduction de métaphores adaptées aux difficultés du sujet).

 

L’hypnose-onirisme

Mais l’hypnose peut être aussi « invitation-incitation » à une communication originale où le sujet se « laisse-aller-en-relation » avec lui-même et le psychothérapeute, sur un mode onirique. Nous considérons que l’onirisme est consubstantiel à l’hypnose.

 

L’hypnose se présente donc selon trois modalités qui toutes se retrouvent dans la pratique du rêve éveillé :

 

  • Une transe de base telle que définie plus haut, où peut naître et se dérouler spontanément, sans apport extérieur majeur autre que celui d’une présence attentive, un processus thérapeutique interne d’auto guérison spontanée. Cette première modalité s’apparente à ce que Masud Khan appelle un être-en-jachère[7]. Autrement dit - le Grand Robert -  « terre labourée non ensemencée » (gaschiere, v. 1200).  Pour le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey), « Le mot désigne d’abord une terre labourée non ensemencée pour la laisser reposer, sens issu par métonymie d’"état d’une terre labourable qu’on laisse reposer temporairement ». Par extension, il se rapporte à une terre abandonnée, mal entretenue (1836) et, par analogie, à l’état d’une personne ou d’une chose dont on ne tire pas parti (fin XIXe) ».

 

  • Deuxième modalité : cette transe de base peut être réceptive à une visée thérapeutique externe (suggestion)  qui trouve alors là l’occasion de s’exercer.

 

  • Et enfin - troisième modalité - la transe peut tout à la fois, être animée d’un mouvement interne d’auto guérison, être réceptive à une visée thérapeutique externe, et offrir la possibilité d’une communication verbale de facture et de nature oniriques (rêve éveillé).

 

Nous sommes alors en présence, bien plus que d’un état de conscience,  d’un vécu de conscience dont la structure existentielle est caractérisée par le clos (retrait en soi-même et mouvement interne d’auto-guérison) et l’ouvert (ouverture à l’autre, réceptivité et communication). Notons que normalement  l’un ne va jamais sans l’autre. Cette structure est dotée d’une tonalité affective laquelle est très rarement analysée. C’est pourtant elle qui détermine la nature de notre être-au-monde et l’authenticité de notre « présence », ou de notre être-là.

 

Oleg Poliakow

 

[1] Ernest Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, T. I, PUF, 1976, p. 260.

[2] S.Freud, Ma vie et la psychanalyse,  Idées Gallimard. 1975 p. 23 (Je souligne).

[3]  Ibid. p.25.

[4] S.Freud, Etudes sur l’hystérie,  PUF, 1978  p. 215

[5] « L’hypnose doit pouvoir utiliser la technique que je viens de vous indiquer et qui est celle du rêve éveillé dirigé » Robert Desoille, Les Cahiers du Girep, N°53, printemps 2011, p.170.

[6] Sources : Les curiosités étymologiques, Ed. Belin 1996.

[7] Masud Khan, Être en jachère (Examen d’un aspect du loisir) L’ARC N°69 D. W. Winnicott

Hypnose et Transe Rêve Eveillé

 

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